Pourquoi parler des Saints de Glace en plein été ? Ils ont marqué l'année 2020 de leur empreinte au jardin...

Nous voici vers la fin des vacances d’été, on est à la rentrée scolaire, la belle saison file entre nos doigts, on a connu des vagues de chaleurs en juillet et août et pourtant paradoxalement je vais parler du gel…
C’est que le constat est très visible en cette année 2020 : quatre mois après les dernières gelées, après avoir subi des périodes fortement pluvieuses suivies de périodes de sécheresse préoccupantes, les érables du jardin font bien pâle figure par rapport à d’autres années où leur feuillage était développé dans toute sa splendeur à l’approche de la fin d’été.
L’automne se profile à l’horizon et verra le basculement toujours éclatant de leur couleur, mais cette année les feuilles manquent de vigueur, les têtes de branches sont même parfois désertées par les feuilles.

Gelées avant de subir les vents violents et ensuite le soleil brûlant, les jeunes pousses ont bien souffert en 2020. Cette année sera manifestement moins spectaculaire, les érables ont accusé le coup lors de ces épisodes extrêmes successifs : gel, pluie, sécheresse, ils auront été soumis à rude épreuve, un peu trop cette fois…
Aucun d’entre eux n’est épargné au jardin, les images des pousses clairsemées et des feuilles déjà tombées sont malheureusement la norme cette année.

Mais revenons au point de départ de cette année plus délicate : le gel a été présent après les premières périodes de croissance des érables au printemps, et il fut cette fois un “gel assassin”, pour les érables, mais aussi pour les Piéris, pour les Taxus, pour les feuilles du Tulipier.
Les dégâts se sont fait sentir de suite sur bien des plantes différentes.

Les Saint de Glace… voici un sujet dont tout amateur de jardin entend parler au-moins une fois dans son parcours dans nos contrées.
A plus de 500m d’altitude, on n’y a pas échappé en 2020…

Nos grands-parents ou même arrière-grands-parents avaient déjà remarqué que cette période de début mai était propice aux dernières périodes de gel avant l’été. C’est statistiquement la dernière période de l’année où l’on peut rencontrer du gel avant d’évoluer vers l’été.

Certains anciens recommandent donc parfois de « ne rien planter avant »…
Depuis des dizaines d’années (centaines même puisque les premières traces des Saints de Glace remonteraient à 500 après Jésus-Christ), les cultivateurs et les jardiniers savent qu’il y a toujours un risque de gel pour les plantes vivaces et toutes les jeunes plantations avant ces journées du mois de mai.

Les premières belles journées de mars ou avril ont pu voir le thermomètre monter et les températures s’envoler au-dessus des 20 degrés, mais l’été n’est pas là, dame nature nous a ramené à un peu plus de prudence et de patience 🙂
Le risque est là chaque année pour les plantes fragiles ou jeunes, et cette année sera bien marquée par le phénomène.

La nuit du dimanche 10 mai au lundi 11 mai a vu la masse d’air se refroidir de manière radicale au point que l’on est tombé à des températures inférieures aux normes saisonnières.
Le 11 mai, le premier Saint de Glace, St Mamert, marque bien 2020 de sa présence. Le froid et le vent étaient bien perceptibles le lundi 11 mai durant la journée.

La nuit du 12 mai sera particulièrement froide, le gel se généralisera au sud du sillon Sambre et Meuse, -3 à -4 degrés par endroit.
Sibret est à une altitude de plus de 500m, le jardin sera bien dans la vague de froid, et aucun coin de notre terrain ne sera épargné malgré la végétation abondante. L’absence de vent à l’arrivée de cette masse d’air polaire laissera ce froid s’installer, et peser de tout son poids sur les plantes à travers tout le jardin.
Dès la journée du 12, les jeunes pousses des érables montrent qu’elles subissent le coup de froid…

Il faut remonter à 1955 pour trouver trace de nuit plus froide dans les Ardennes belges à cette période, Saint Pancrace, 12 mai, est particulièrement virulent cette année !

Les gelées au sol ont été présentes partout en Ardennes la nuit menant au 13 mai, St Servais clôture donc les saints de glaces de bien froide manière.
Et les érables courbent encore un peu plus l’échine…
J’ai encore la naïveté de croire que ce n’est qu’un moment de faiblesse passagère, mais les bulletins météos confirment que je me trompe: le gel a été particulièrement tenace cette année.

Dix jours après cet épisode de gel, les marques se font encore plus présentes, les pousses les plus fragiles des érables brunissent, des feuilles tombent comme à l’automne, les dégât seront malheureusement bien important en cette année 2020.

Les Saints de Glace auront donc été à la hauteur de leur réputation en cette années 2020:
le gel a été bien présent et a marqué la jeune végétation de ses morsures glacées.

Il y a quelques années déjà, ma sensation avait été de “perdre” une année de croissance tant les érables avaient été endommagés à la même période de l’année. L’inquiétude est forte pour cette année, les gelées étaient bien plus fortes cette fois que lors de l’épisode passé, et l’été chaud et sec qui suivra accentuera les dégâts. Au mois de juin les nouvelles feuilles ont bien du mal à pointer le bout de leur nez, et trop de branches restent désespérément vides…

L’explication météorologique est cependant simple et bien connue, le phénomène des Saints de Glace n’est pas exceptionnel, le risque étant présent chaque année : un anticyclone positionné au Nord de l’Europe, entre l’Islande et l’Irlande, nous a amené une masse importante d’air froid d’origine polaire, animé donc d’un vent du Nord bien perceptible en nos régions.

C’est la présence de cet anticyclone sur nos régions qui a permis de dégager le ciel en s’accompagnant d’une perte de chaleur encore importante, surtout la nuit, et il a pu donc geler même si les températures journalières approchaient ou dépassaient les 20 degrés parfois en journée. Pour les passionnés de météo, cela est dû au phénomène climatique appelé North Atlantic Oscillation, à la fois océanique et atmosphérique, ce mouvement d’aller-retour sur l’axe Nord – Sud d’une masse d’air au départ de l’Arctique et de l’Islande (et donc bien froide en général…), descendant vers les Açores et les côtes de l’Espagne.
Cette année 2020 fut donc normale en mai, ou du moins prévisible, les effets du réchauffement climatique ne suppriment pas la présence de cette « probabilité non nulle » d’avoir des gelées en mai !

Les évolutions des religions et des calendriers nous amènent aujourd’hui à parler des Saints de Glace lors des Sainte Estelle, Saint Achille, Sainte Rolande ou Fatima.

Les dictons ne manquent pas par ailleurs et font bien référence à la réputation de nos Saints de Glace:

Le 11 mai : « Attention, le premier des saints de glace, souvent tu en gardes la trace »;
Le 12 mai : « Saint Pancrace souvent apporte la glace »;
Le 13 mai : « Avant Saint-Servais, point d’été ; après Saint-Servais, plus de gelée »;
Certains vont même jusqu’à étendre la période de risque de gel jusqu’au 25 mai:
« Mamert, Pancrace et Servais sont des saints de glace, mais saint Urbain les tient tous les trois dans sa main »… vous voilà prévenus…

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